Plusieurs grandes compagnies pétrolières, dont Shell et Eni, qui exploitent le gisement de Karachaganak, ont perdu un litige arbitral international avec le Kazakhstan, rapporte Bloomberg en citant des sources proches du dossier.
Le tribunal de Londres a partiellement donné raison à Astana, qui réclamait plus de 6 milliards de dollars US de dommages et intérêts. Le montant final n’a pas encore été déterminé, mais il pourrait varier entre 2 et 4 milliards de dollars, selon les estimations des conseillers juridiques.
La cour a donné raison au gouvernement, qui affirmait que les exploitants de Karachaganak avaient illégalement fait rembourser par l’État des dépassements de coûts et d’autres dépenses qui n’avaient pas été convenus et ne devaient pas être compensés en vertu de l’accord de partage de production. La décision de la cour devrait modifier la formule de répartition du pétrole dans le cadre de cet accord. Toutefois, la défense peut encore contester cette décision.
Le gisement de pétrole et de gaz de Karachaganak, situé dans l’ouest du Kazakhstan, s’étend sur plus de 280 kilomètres carrés et est considéré comme l’un des plus grands au monde. Il est exploité par un consortium international dans le cadre d’un accord de partage de production signé avec le Kazakhstan le 18 novembre 1997. Les opérateurs du projet Karachaganak, les sociétés Royal Dutch Shell et Eni, détiennent chacun une part égale de 29,25 %. Chevron (18 %) et Lukoil (13,5 %) participent également au projet. La part de la société nationale KazMunayGas est de 10 %.
Les procédures judiciaires avec les opérateurs de Karachaganak ont débuté en 2023. Au départ, le montant du dédommagement exigé s’élevait à 3,5 milliards de dollars, mais il a ensuite augmenté, notamment en raison d’allégations de surcoûts et de corruption potentielle. En 2024, les sociétés internationales ont proposé de régler le litige en construisant une usine de traitement du gaz pour le marché intérieur. Mais cette option a également donné lieu à des procédures judiciaires très médiatisées. En effet, la majeure partie du gaz extrait à Karachaganak est en fait réinjectée dans le gisement, le reste étant envoyé en Russie, à l’usine de traitement de gaz d’Orenbourg, car le gisement ne dispose pas de ses propres capacités de traitement.
La construction d’une usine de traitement de gaz à Karachaganak fait l’objet de discussions depuis les années 2000. Des négociations ont notamment eu lieu avec les exploitants du gisement, mais l’été dernier, les autorités kazakhes avaient refusé de construire l’usine aux conditions proposées par Eni et Shell. Les entreprises exigeaient notamment le versement d’un milliard de dollars en plus des 100 % des coûts du projet, ce qu’Astana a jugé inacceptable.


